Le redoutable frelon asiatique

En septembre 2009, un nid de frelon asiatique est découvert en Île-de-France au Blanc-Mesnil. En octobre 2012, un nid est découvert à Jouy-en-Josas, au sud-ouest de Paris et, en novembre, un homme est mortellement piqué à Coron près de Saumur. Deux nids sont détruits en Eure-et-Loir début août 2013. Trois nids primaires ont été détruits en juin et juillet 2013 dans l'Eure ; aucun nid secondaire n'ayant été détecté, le département n'est pas déclaré officiellement colonisé. En 2016, une quinzaine de personnes sont attaquées dans le Lot-et-Garonne, près de Foulayronnes, et deux d'entre elles sont hospitalisées.

L'arrivé du frelon asiatique en France a été discrète, mais sa progression est constante et semble aujourd'hui exponentielle : la progression du front d'invasion est d'environ 60 km par an, le frelon étant déjà présent sur 50 % du territoire métropolitain (majoritairement la moitié sud-ouest) en 2012. Fin 2015, l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte, met en évidence un phénomène de dépression de consanguinité chez les populations de frelons asiatiques de France qui « pourrait ralentir la croissance des colonies et à terme limiter l'expansion de cette espèce invasive ». Selon des chercheurs, en raison de leur faible diversité génétique, les colonies produisent trop de mâles et pas assez d'ouvrières.

Toujours est-il utile que les beaux jours arrivant et d'aucuns appellent à la mobilisation pour exterminer l'hyménoptère. Et pourtant, pour les scientifiques, c'est non seulement contreproductif, mais aussi néfaste pour de nombreux insectes qui y laisseront leur peau.

La peur du frelon asiatique a même conduit à la création de l'Association Action Anti Frelon Asiatique, qui vise l’élimination de Vespa velutina, nom savant du frelon tant redouté. Mais ce sont les frelones qui sont en cause : les femelles sexuées et fécondées à l’automne, destinées à devenir reines, sont les seules à survivre pendant l’hiver. Au printemps, ce sont elles qui, sortant de leur léthargie et de leur cachette saisonnière, fabriquent un nid, qui peut atteindre jusqu’à 1 m de haut et 80 cm de diamètre. Un nid produit 13 000 individus entre avril et décembre, avec un maximum de 2 000 individus présents au mois d’octobre, et au moins 550 femelles sexuées, celles qui assureront la descendance l’année suivante. Elles partent par vagues successives à l’automne et, quand on connaît sa capacité de dispersion de 60 kilomètres, il est clair qu’aucun piégeage ne peut freiner ce front d’invasion.

Pourquoi le piégage de printemps peut-il être considéré comme néfaste ?
Il favorise la survie des reines en les privant de batailler à mort contre leurs congénères prises dans le guêpier. Explications : 95% des frelonnes ne survivent pas à l’hiver. Sur celles qui restent en vie au printemps, 95% meurent à leur tour en combat singulier avec leurs sœurs et cousines. Elles essayent de voler le nid qu’a commencé à préparer une autre. C’est un système de régulation naturel : plus il y a de reines présentes, plus la mortalité est élevée, si l’on en piège certaines, on libère le terrain pour d’autres qui n’auront même pas à se battre.

La seule solution pour se débarrasser du frelon asiatique, arrivé en 2004, et qui a désormais colonisé 70% du territoire français, serait de tuer toutes les reines, sans exception. Mais les chances de réussites sont faibles : en 2010, en Vendée, un syndicat agricole, a coordonné 400 pièges répartis sur le département. Leur maigre butin se composait, à la fin du printemps, de 6 fondatrices pour 195 nids répertoriés. L’année suivante, les guets-apens avaient fait prisonnières 10 fondatrices pour 485 nids.

Pire ces pièges piègent essentiellement les autres insectes : en 2009, à Bordeaux, une étude menée sur des pièges classiques – une bouteille renversée avec un liquide sucré au fond – a montré que seuls 0,55% des prises étaient des frelons asiatiques, et qu’en revanche chaque piège capturait 1 089 insectes en moyenne par semaine. En rajoutant une sortie pour les petits insectes, on arrive à une sélectivité de seulement 1% de frelons.