Devez-vous continuer à manger de la viande ?

Pourquoi j’ai décidé de continuer à manger de la viande

Il n’est a priori pas indispensable de manger de la viande : on n’est pas en situation de lutte pour notre survie ; avec une alimentation riche on peut subvenir à tous les besoins de notre corps comme les millions de végétarien dans le monde ; vous habitez en France et avez accès à toute l’information et à quasi tous les produits dont vous avez besoin pour mener à bien une alimentation végétarienne. Bon un bémol tout de même : l’EFS (Etablissement français du sang, ndlr) refuse régulièrement de prélever le sang de donneurs végétariens, leur taux d’hémoglobine étant trop bas.

Manger de la viande est-il un acte immoral dont je devrais avoir honte ?

Réponse d'un mangeur de viande et pourtant écolo : non.

- Oui, manger c’est tuer un être vivant. Il faut l'assumer et faire le deuil d’une certaine innocence,
- Oui, manger de la viande c’est tuer un animal et c’est « pire » moralement que tuer un légume.

En résumé : manger de la viande, c'est entrer dans le jeu de la prédation sur d’autres espèces. Ce faisant, je me situe dans le règne animal.

Mais doit-on manger de la viande à n'importe quel prix ?
Si l'on réfléchit à la globalité du processus, on en arrive à la conclusion que certains pré-requis doivent être remplis (bien-être de l’animal et minimisation de l'impact sur l’environnement)

Un des gros manques de cette attitude de carnivore éthique, dans laquelle ne croit pas Jonathan Safran Foer, réside tout d’abord dans ce que sont devenus nos animaux aujourd’hui, à force de croisement et d’optimisation. On a créé des espèces monstrueuses, tels ces poulets élevés pour leur viande qui ont des cuisses tellement énormes qu’ils ne peuvent tenir debout, ou ces poules dont le patrimoine génétique est tellement fragilisé qu’elles ne supportent pas le moindre courant d’air. LA solution vient probablement des techniques de cultures bio : pour pouvoir cultiver certains fruits en bio, il faut sélectionner d’anciennes variétés, les espèces actuelles étant fragilisées du fait de leur dépendance aux produits chimiques. On peut donc imaginer une démarche similaire pour les animaux.

Reste le problème de l’abattoir, qui sont d'une façon générale, des lieux horribles pour mourir (comme s'il existait un lieu paisible pour se faire mettre à mort). Là, avouons que nous n'avons pas de solution. Car le principal problème c’est, au final, l’abattoir. Il y a une énorme inadéquation entre la façon dont les animaux sont élevés par les éleveurs et la façon dont ils sont tués. Il y a eu une grande concentration des abattoirs et la plupart sont aujourd’hui des usines énormes où les méthodes de travail sont taylorisées et où l’urgence est permanente. Mais pour un vrai éleveur, tuer un animal n’est pas du tout anodin, ils y pensent plusieurs jours en avance, parfois ça les empêche de dormir. Aujourd’hui ils doivent laisser leurs bêtes dans un box de l’abattoir et ils s’en vont sans savoir combien de temps elles vont attendre ni quand elles seront tuées. Ils voudraient au minimum pouvoir les accompagner et s’assurer que leurs bêtes soient tuées en prenant le temps et les soins nécessaires. Il y a même du coup des éleveurs qui refusent d’emmener leurs bêtes à l’abattoir et qui le font eux-mêmes, dans des mini-abattoirs qu’ils ont construits eux-mêmes, en prenant le risque d’être dans l’illégalité.